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Maladies graves. Les articles des plus grandes revues scientifiques

Maladies graves. Les articles des plus grandes revues scientifiques

Janvier 2012. L’école des hautes études en santé publique (EHESP) présente le premier Bulletin de veille de l’année. Les articles des plus grandes revues scientifiques internationales y sont réunis et contribuent à mettre en relief le paysage sanitaire, à échelle globale, pour 12 des pathologies graves les plus étudiées au cours du mois.

Bronchite chronique. Respirology revient sur la prévalence de l’anxiété et la dépression chez les personnes atteintes de bronchite chronique. L’étude épidémiologique, fondée sur les chiffres du sondage national de santé en Espagne (2006), se concentre sur les plus de 40 ans et cherche à mettre en lumière les caractéristiques sociodémographiques et les facteurs de santé propices au développement de troubles mentaux.
Alors que 6.5% de l’échantillon populationnel souffrait de bronchite chronique, les taux relevés marquent de fortes disparités en santé mentale : 9.4% de la population saine se déclarait anxieuse - contre 15.4% chez les personnes atteintes de la maladie – et 7.6% disait souffrir de dépression, plus de deux fois moins que la population touchée par la bronchite chronique (15.9%). D’après l’étude, les comorbidités concomitantes et le sexe (les femmes étaient plus nombreuses à se déclarer anxieuses ou dépressives) se compteraient comme les facteurs les plus associés à ces types de troubles mentaux.

Cancer du poumon. The New England Journal of Medicine postule la légitimité des dépistages chez les populations à haut-risque. En comparant deux études, réalisées par The National Lung Screening Trial (NLST) et The Rotterdam Study, les chercheurs sont arrivés à la conclusion qu’un suivi régulier des fumeurs de plus de 55 ans (consommant plus de 30 paquets par an) réduirait les risques de cancer du poumon de près de 20% et 6% respectivement. Des résultats à nuancer en fonction de la démographie et des systèmes de santé de chaque pays.
D’autres études, orientées sur le cœur de la maladie, ont également étayé l’actualité scientifique. Alors que The New England Journal of Medicine revient sur différentes études de cas, The Lancet et Science font quant à eux part de nouvelles avancées thérapeutiques. D’après The Lancet, les tumeurs de la trachée pourraient désormais être traitées en opérant une greffe des voies respiratoires trachéo-bronchiques à l’aide d’un nanocomposite de cellule souche bio-artificiel. Le magazine Science se penche quant à lui sur les traitements expérimentaux - moins agressifs et toxiques que les chimio et radiothérapies. L’existence de tels produits, pour Science, remet en question le système actuel des tests thérapeutiques (un médicament est en moyenne à l’essai pendant 10 ans avant mise sur le marché) alors que les médecins « sont las des thérapies qui comptent l’espérance de vie en semaine, et commencent alors à utiliser les nouveaux traitements beaucoup plus tôt dans la maladie. »

Diabète. Ferid Murad, biochimiste et Prix Nobel de physiologie et médecine, commente, pour Nature, la prévalence du diabète, en constante augmentation depuis les années 1950-1960. De 2% d’incidence à l’époque à près de 8% aujourd’hui, les États-Unis ont vu l’incidence du diabète quadrupler. Science alerte sur l’explosion de la pathologie en Afrique, alors que sa population – caractérisée par son plus fort risque génétique à développer du diabète de type 2 - adopte de plus en plus les modes de vie des occidentaux. Dans le British Medical Journal, deux études anglaises répertorient, quant à elles, 24 000 cas de décès par négligence au Royaume-Uni chez les diabétiques (un quart d’entre eux ne se présentent pas à leur bilan annuel), et une étude finlandaise met en évidence des taux de prévalence plus importants dans les classes socio-économiques les plus défavorisées.
Des observations qui posent la question de la prévention au regard des modes de vie et qui reflète l’intérêt des chercheurs pour le préventif. Ainsi, The Lancet présente un travail de recherche qui s’interroge sur l’efficacité des politiques de prévention au cœur des entreprises iraniennes. Dans la même optique, BMC Public Health publie deux études, le projet Healthy - mis en place dans plusieurs écoles d’Amérique et visant à sensibiliser les jeunes - et l’étude Eureka - qui s’interroge sur le contrôle des facteurs de risques cardiovasculaires en Europe. Si les résultats de ces études laissent à croire que la prévention est la clé du contrôle des risques et des modifications de comportements, Ferid Murad tempère. Les sciences sociales et comportementales, comme la prévention  »peuvent influencer les comportements, mais elles ne guérissent pas le diabète. [...] L’hérédité du diabète n’est probablement pas due à un gène particulier, mais à une association de gènes. » En d’autres termes, traiter le diabète « nécessite la mise en place d’une recherche médicale sophistiquée« .

Dépression. Au regard des diverses études parues, la dépression chez les jeunes semble être sujette à une veille conséquente. Conditions familiales, rapport au corps, aspirations futures… Autant de variables qui influent sur leur état de santé mentale. D’après The American Journal of Public Health, les jeunes issus de l’aide sociale à l’enfance (entre 12 et 14 ans) seraient plus à même de fumer (23% contre 18%). Le lien entre consommation tabagique et délinquance serait également plus avéré chez cette population de jeunes.
Selon BMC Public Health, la santé mentale des adolescents serait également mise à rude épreuve en fonction de leur masse corporelle. Les résultats de l’étude française, conduite auprès de  39 542 jeunes de 17 ans, mettent en lumière différents facteurs en fonction du sexe. Les garçons chétifs ou, à l’opposé, obèses, sont les plus touchés par la dépression, alors que la pathologie s’observe principalement chez les jeunes filles en simple surpoids.
D’après l’étude parue dans Social Science & Medicine, la santé mentale des jeunes adultes est également liée aux attentes sociales et culturelles. Les imprévus qui ont jalonné leur parcours sur la tranche d’âge 19-27 se répercutent entre 29 et 37 ans, et se traduisent par des symptômes dépressifs.
Chez les adultes, deux études, publiées respectivement dans Social Science & Medicine et The American Journal of Public Health, indiquent les conséquences mentales impliquées derrière le statut de parent. Migrant d’une part, ou parent d’enfant malade d’autre part, les caractéristiques de leurs modes de vie (stress, pauvreté, discrimination, fatigue…) sont propices à la dépression.
Autant d’exemples qui poussent les chercheurs vers la même conclusion : accorder une attention toute particulière à ces populations à risque.
A l’opposé, certains professionnels dénoncent la pathologisation de certains comportements. Dans Nature, David Elkins, professeur émérite à l’université de Malibu (Floride), met en garde contre ces nouvelles maladies qui « stigmatisent » alors que l’ »on devrait sensibiliser au sur-diagnostic ». Un enfant agité ou une personne excentrique seront alors estampillés comme souffrant d’hyperactivité, de troubles de l’attention ou de syndrome psychotique atténué. Une situation que le psychologue dénonce, dès lors que de telles pratiques induisent l’absorption de médicaments non adaptés.

Maladies d’Alzheimer. Des chercheurs anglais viennent d’isoler un nouveau gène. Dans The New England Journal of Medicine, l’équipe explique que la mutation d’un des gènes responsable d’Alzheimer serait à l’origine de mauvais diagnostics. Certains patients ne souffriraient donc pas de la maladie d’Alzheimer, mais d’une dégénérescence lobaire fronto-temporale. Dans l’hypothèse où ces conclusions s’avèrent fiables, un simple test de mutation génétique chez les patients permettrait de corriger le diagnostic chez les personnes atteintes de cette pathologie.

Pathologies liées à l’obésité. L’étude parue dans The International Journal of Epidemiology le confirme, d’après le département de médecine de Nashville (États-Unis) l’obésité peut s’expliquer par des marqueurs génétiques chez les populations caucasiennes et afro-américaines. Toujours dans la même revue scientifique, un autre rapport affirme que « le nombre d’années vécues en situation d’obésité est directement associé au risque de mortalité ». Alors que l’Organisme mondial de la santé estime le nombre de personnes obèses à 1.6 billions, les études se font très nombreuses sur la question.
Avec 83 millions de sa population obèse en 2010, une hygiène alimentaire désastreuse – entre 2003 et 2008, sur 4157 enfants de 12 à 17 ans, aucun ne suivait un régime idéal,  à en croire The Lancet -,  et des prévisions d’obésité chez un adulte sur deux en 2030, le santé publique des États-Unis mérite révision. Les scientifiques s’accordent d’ailleurs à dire qu’un dépistage de lipides chez les 9-11 ans serait recommandé afin d’éviter les risques cardiovasculaires induits par l’obésité. Une démarche préventive qui économiserait 444 billions de dollars chaque année pour le pays.
Revient en effet régulièrement, l’obésité chez les enfants mais également chez les adolescents. Pas moins de quatre études publiées par BMC Public Health cherchent à en comprendre les causes. Parmi ces dernières, l’étude de Sigmundová et. al., menée sur dix ans en république tchèque, se focalise sur les différences de comportement et d’activité physique chez les adolescents, et croise les données collectées sur deux décennies (1998-2000 et 2008-2010). Avec près de 5 points de prévalence supplémentaire, la nouvelle génération n’est pourtant pas plus sédentaire. Le temps passé devant la télévision a été remplacé par celui passé devant l’ordinateur. L’étude note cependant une plus forte propension à la sédentarité chez les filles au cours de la semaine, ainsi qu’une réduction générale du nombre de pas par jour. La sédentarité n’est cependant pas l’unique facteur d’obésité chez les jeunes. L’équipe de chercheurs pakistanais fait état des liens entre marqueurs socio-économiques et obésité à l’école primaire. Sur les 1860 enfants âgés de 5 à 12 ans  qui ont participé à l’étude, 17% étaient en surpoids et 7.5% obèses (avec une prévalence supérieure chez les garçons obèses). D’après les résultats, les enfants favorisés avaient plus de risques de surpoids et d’obésité que les enfants issus de la campagne ou d’une classe socioéconomique moindre. Ces observations reflètent la tendance actuelle chez les enfants pakistanais et laissent entrevoir le manque drastique de stratégies préventives à l’échelle nationale ainsi que l’implication défaillante des communautés.
D’un tout autre point de vue, BMC Public Health et The American Journal of Public Health ont tous deux sorti des travaux sur les conséquences des normes sociales sur l’obésité, notamment la stigmatisation et la discrimination.

Maladies cardio-vasculaires. Au regard de trois études publiées dans The Journal of the American Medical Association, The BMC Public Health et le British Medical Journal, les conditions de vies jouent un rôle majeur dans l’apparition de maladies cardio-vasculaires et/ou du bon rétablissement des patients. D’après les données relevées auprès de 300 000 adultes, et réunies par Dr. Pan, la dépression pourrait être un facteur de risque de crise cardiaque dans 45% des cas. Un résultat à tempérer cependant, alors que l’association inverse pourrait également être plausible : une crise cardiaque pourrait être à l’origine de dépression clinique.
Dans l’étude menée par le Group Health Research Institute de Seattle, la prise en charge de la dépression – parallèlement à  celle des maladies physiques chroniques – semblerait pourtant être d’un grand secours aux patients atteints de diabète et de cardiopathie coronarienne. Pendant un an, un programme a été mis en place, proposant des pharmacothérapies, des formations pour apprendre à composer avec la maladie et à surveiller les symptômes. En un an, les résultats ont démontré une réduction des incapacités sociales et une meilleure qualité de vie.

Maladies liées à l’alcool. La question de l’alcool chez les jeunes est une problématique récurrente. Les deux études tirées de BMC Public Health reflètent par ailleurs la réflexion qui s’opère autour de cette thématique. La première, australienne, s’intéresse à la consommation d’alcool chez les jeunes au cours de leur éducation dans le supérieur. Contrairement aux professeurs, qui déclarent boire sur une base régulière, les étudiants ont plutôt tendance à s’alcooliser fortement, notamment chez les garçons. Parmi les facteurs de risques isolés, la détresse sociale semble la cause principale de consommation d’alcool.
Dans d’autres cas, la tendance s’inverse. La consommation n’est plus due à un facteur extérieur, mais devient la cause d’un autre problème. C’est ce qu’a démontré le département de santé mentale de l’institut de santé publique norvégien avec l’étude Hunt. Menée sur près de 9000 jeunes entre 13 et 19 ans, l’étude a fait état des difficultés que les élèves rencontraient en classe lorsque leurs parents, et plus significativement la mère, étaient de gros consommateurs d’alcool. Outre les moins bons résultats scolaires, les enfants de parents alcooliques semblent moins attentifs et se conduisent moins bien en classe.

Paludisme. Alors que, comme le rapporte Nature, l’annonce d’un possible vaccin contre la malaria d’ici 2014 bouscule et divise la communauté scientifique, les études continuent d’évaluer les autres moyens existants à l’enraiement de la maladie. Ainsi, The American Journal of Public Health partage les dispositifs mis en œuvre par les chercheurs au Bénin, soit un plan stratégique de gestion des maladies de l’enfant, ainsi que des filets traités à l’insecticide. Ces deux moyens utilisés conjointement ont permis de réduire la mortalité des enfants de moins de trente mois.
Dans l’est de l’Afrique sub-saharienne, des scientifiques américains ont mis en lumière la relation entre paludisme et VIH. D’après leurs observations, les personnes vivant dans des lieux caractérisés par une forte présence de Plasmodium falciparum, parasite responsable du paludisme,  ont deux fois plus de risques d’être exposés au VIH. L’étude est la première du genre à envisager la malaria comme facteur de risque à l’infection par VIH.

Sida. Parmi les complexités inhérentes à l’épidémie de Sida : l’estimation de personnes potentiellement à risque de contracter le virus. D’après l’étude parue dans The American Journal of Public Health ces difficultés sont en partie dues au statut de ces populations (toxicomanes, prostituées, homosexuels), difficilement relevés dans le cadre de « méthodes statistiques standard ». Dans ce contexte, l’équipe de chercheurs brésiliens a tenté de mesurer les populations à risques en se basant sur de nouveaux critères. Objectif : tester la fiabilité des méthodes adoptées, nécessaire à la mise en place de politiques sanitaires de lutte contre le VIH.

Tuberculose. Alors que The International Journal of Epidemiology fait part des dernières précisions apportées par les scientifiques en termes de temps d’incubation de la tuberculose permettant de mieux  connaître le virus, le manque d’informations sur la maladie et le traitement font montre d’un taux important d’abandon des thérapies avant les six mois nécessaires à la guérison. C’est du moins la conclusion de l’étude de cas-témoins menée dans la province de Nairobi, au Kenya. D’après les chercheurs,  22.7% et 20.4% des patients auraient abandonné leur traitement dès les premier et second mois respectivement. Parmi les raisons invoquées, 16.7% disaient ne pas savoir qu’il fallait continuer le traitement, 11.7% se sentaient mieux et 10.8% ne supportaient pas les effets secondaires. Dans cette optique, les chercheurs recommandent la mise en place de rendez-vous auprès de conseillers avant le début du traitement, et rappellent le besoin de sensibiliser et d’informer la population à la maladie.

Pour aller plus loin :

Service de documentation de l’EHESP, « Focus sur 12 pathologies graves », Bulletin de veille, janvier 2012.

  1. Bonjour,
    A voir la liste de toutes ces maladies, on se dit que la vie de l’être humain ne tient qu’à un fil!Pour ma part c’est bronchite chronique et dépression!pas de chance! heureusement que ce sont des maladies qui peuvent être traitées.

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