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Obésité et précarité. Agir

Obésité et précarité. Agir

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Interview de Monique Romon, responsable du service nutrition à la Faculté de médecine de Lille, Chru de Lille.

Le Professeur Monique Romon, responsable du service nutrition à la Faculté de Médecine de Lille est à l’origine avec le Docteur Jacques Weill, responsable de l’Unité d’Endocrinologie Pédiatrique à l’Hôpital Jeanne de Flandre en collaboration avec les services de la médecine scolaire de la ville de Lille d’une des premières études épidémiologiques régionales mettant en évidence le fait que les facteurs sociaux jouent un rôle majeur dans l’évolution de la corpulence.
Paru dans la revue scientifique International Journal of Obesity, ce travail a permis de comparer les résultats d’une enquête menée pendant l’année scolaire 1989-1990 dans les écoles publiques de la ville de Lille, portant sur 705 enfants âgés de 5 ans et avec les données d’une nouvelle étude menée pendant l’année scolaire 1999-2000 chez ces mêmes enfants, désormais âgés de 15 ans, et portant aussi chez 131 enfants âgés de 5 ans en 2000.
De cette enquête, il ressort que la (prévalence) de l’obésité chez les enfants de 5 ans de Lille s’est élevée en une décennie de 5,7% à 13,2% soit une multiplication par un coefficient de 2,3 et qu’en outre l’appartenance du chef de famille à une catégorie socio-professionnelle élevée (cadres supérieurs, commerçants, professions libérales) protège en effet de l’augmentation décennale de la prévalence de l’obésité.
La relation entre alimentation et pauvreté est désormais une question qui mobilise la communauté scientifique, les pouvoirs publics et le secteur caritatif. Le problème à résoudre est celui d’une augmentation importante des obésités qualifiées de sévères. « Ce que l’on sait aujourd’hui, argumente Monique Romon, c’est que « les personnes défavorisées ne choisissent pas leurs aliments en fonction de critères de santé mais pour le plaisir qu’elles en tirent, leurs facilités d’utilisation et leurs prix ».
La télévision, vecteur de norme sociale dicte sa loi. « Le seul luxe, ajoute-t-elle, le seul accès à la société de consommation passe pour certains d’entre eux par les aliments ».
Voilà qui vient contrebalancer quelques idées reçues et notamment celle qui considère que c’est principalement le coût des fruits et légumes qui constitue un obstacle majeur à leur consommation. « Même si vous donniez gratuitement des fruits et légumes à certains en leur disant simplement que c’est bon pour leur santé, cela ne changerait rien, affirme Monique Romon qui préconise de ne surtout pas leur parler de santé mais plutôt de convivialité. Nous sommes dans une société qui offre beaucoup de produits que l’on peut consommer en permanence. En face, il faut un comportement raisonné et volontaire pour ne pas céder à cette pression ». Difficile quand on est fragile et vulnérable.

Pour citer cet article :

Obésité et précarité, paru dans Contact Santé n°223 / Année 2007 “Alimentation. Entre émotions et injonctions”, p. 38

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