S'abonner Newsletter | Nous contacter | RSS Articles | RSS Commentaires
Rechercher
Faut-il généraliser la télémédecine ?
Technique d’avenir ou soins a minima ? Le Centre d’analyse stratégique (CAS) avait organisé le 5 décembre dernier une table ronde autour de la question de la télémédecine. Si l’idée fait son chemin, les résistances restent nombreuses.
Pourriez-vous vous faire soigner à distance, avec une simple connexion internet ? C’est en substance tout l’enjeu du débat autour de la télémédecine, souvent considérée comme une aubaine face aux inégalités territoriales d’accès aux soins et à l’explosion des maladies chroniques. La production de soins à distance grâce aux techniques de l’information et de la communication progresse en France, mais elle reste souvent cantonnée à une simple dématérialisation des consultations et du suivi, alors qu’elle pourrait participer à une réorganisation en profondeur de l’offre de santé.
Les pays nordiques en éclaireur
Alors, le Centre d’analyse stratégique propose tous azimuts : la création d’un dossier infirmier informatisé qui viendrait appuyer le dossier médical personnel, une meilleure sensibilisation des soignants ; la création d’un guide national des bonnes pratiques, la mise en place d’un site sécurisé pour favoriser le contact avec l’assurance maladie… Les pistes sont légion. On parle aussi beaucoup d’automesure, c’est-à-dire de la réappropriation de la surveillance de ses indicateurs par le patient lui-même. Ainsi, en Basse-Normandie, un terminal à écran tactile à été expérimenté : en relation avec le personnel soignant, le patient peut mesurer certains paramètres comme la tension artérielle et les relier ensuite à l’apparition de symptômes comme la toux ou l’apparition d’œdèmes.
Comme souvent, ce sont les pays nordiques qui montrent la voie. Henrik Bjerregaard Jensen, directeur de MedCom, agence en charge de la télémédecine pour le gouvernement danois, raconte le déploiement dans son pays. Désormais, la quasi-totalité des relations entre le secteur des soins primaires et le système des soins secondaires, est dématérialisée. « Une réussite », souligne-t-il.
Un système à décloisonner
Mathilde Reynaudi, chargée de mission au département Questions sociales du CAS, précise : « La récente proposition de dématérialisation des ordonnances prouve que la France progresse à ce niveau. La télémédecine permettra à terme de produire des soins à distance, d’améliorer la qualité de vie des malades et de réorganiser les services. Mais tout ceci devra servir de levier pour décloisonner le système ». Et ce d’autant plus que, loin de dépersonnaliser et de déshumaniser les soins de santé, la télémédecine possède, de l’avis des patients qui y ont recours, de vraies qualités d’encadrement et de suivi. En Grande-Bretagne, des réseaux sociaux de télémédecine permettent même de noter les praticiens et de réaliser ses propres auto-diagnostics.
Mais les obstacles au développement de la télémédecine sont connus : rapport à la loi, angoisse de la traçabilité des données, modèle économique hésitant et plus généralement, un manque de visibilité qui empêche les médecins d’innover en la matière. Pourtant, les usagers seraient curieux et avides d’informations. Sarah Sauneron, également chargée de mission au CAS explique : « Désormais, chacun est expert de sa santé. La plupart des patients surfent sur le web et la médecine 2.0 est une réalité ». La télémédecine serait-elle un accompagnement vers l’appropriation de chacun de son bilan de santé personnel ? « Peut-être. En tout cas, le pouvoir public doit encourager la télésanté ».
La prévention en danger ?
Mais le professeur Pierre Espinoza, praticien hospitalier au pôle Urgences réseau télémédecine, rappelle : « Il faut établir un modèle économique. Ainsi, nous avons sollicité l’école Centrale afin d’établir un business plan. L’écriture d’un guide des procédures et des tarifications sera également nécessaire ». Attention, également à ne pas engendrer une médecine unidimensionnelle, comme le souligne Alain Liwerant, vice-président de Médecins Généralistes France : « En moyenne, nous prenons en compte 3,6 pathologies pour chaque visite de patient. Notre rôle de prévention est donc capital. ». La télémédecine devra donc prendre en compte les aspects périphériques des visites de santé pour ne rien laisser sur le bord de la route.
Et ailleurs… les cliniques-dispensaires
La télémédecine n’est pas le seul concept que la France cherche à importer de l’étranger. Les « retail clinics » et les « patient centered medical home »font également de plus en plus parler d’elles. Les « retail clinics » sont des dispensaires privés, tenus par des infirmiers qualifiés, qui offrent un accès simplifié à un premier niveau de soins. Démocratisation de l’offre de santé (les tarifs sont très inférieurs au reste du marché) ou prestations standardisées de faible valeur ? Le professeur Craig Pollack, qui enseigne à l’université Johns Hopkins, défend la souplesse de ces structures ouvertes les nuits et les week-ends : « La plupart des pathologies qui y sont traitées, comme l’asthme ou le diabète, nécessitent une approche simple. Et au lieu de payer 570 dollars (le coût d’une intervention aux urgences), le patient s’en sort pour 110 dollars en moyenne ». Evidemment, le dispositif ne permet pas de véritable politique de prévention et n’assure pas de continuité. Mais le Dr Pollack est confiant : « Cela va se développer dans les années à venir ».
Au Nord… l’horizon des maisons de santé
Daniel Lenoir, directeur de l’Agence régionale de santé (ARS) Nord-Pas-de-Calais, est catégorique : « L’une des causes des mauvais indicateurs de santé dans notre région réside dans l’absence d’un recours précoce aux soins ». Avec pourtant un bon budget alloué à la santé, la région fait, il est vrai, figure de lanterne rouge. « Les gens ne vont pas spontanément chez leur médecin traitant » insiste Daniel Lenoir. Forte de ce constat, l’ARS a lancé un programme ambitieux de recours aux soins de prévention et à l’éducation thérapeutique. Daniel Lenoir explique : « Il y a une vraie dynamique dans la région, avec plus de 60 projets de maisons de santé, donc 9 déjà en fonctionnement. » Les maisons de santé, établissements pluri-disciplinaires regroupant des professionnels volontaires, financés par des porteurs privés ou publics, font donc leur chemin en France, même si les freins persistent : « Il y a des résistances culturelles, corporatistes. La coopération entre le médical et le médico-social n’est pas non plus évidente ». De toute façon, la révolution du médical par les maisons de santé n’est pas encore pour aujourd’hui : elles ne pèsent que 5% de l’offre médicale générale.










Contactez-nous !
Else sur Facebook
Else sur Twitter
Flux RSS Articles
Pas de réponses pour “Faut-il généraliser la télémédecine ?”
Trackbacks/Pingbacks